Siem Reap, 21-23/12.
Passer Noël au Cambodge ? Et pourquoi pas ? C’est ce qu’on s’est dit au moment d’établir notre itinéraire (un peu biscornu) en Thaïlande, avec une brève incursion au Cambodge et plus particulièrement à Siem Reap. En arrivant à l’aéroport, on a réglé les formalités douanières qui au passage ne coûtent que 20 $ par pax, comparé aux 57 € (+ 30 € en express) réclamés par Action-Visas en France !! Parfois, il vaut mieux faire la queue au guichet à l’aéroport d’arrivée, ça paye le repas de Noël…


Arrivés à Siem Reap, on a pris notre premier tuk-tuk envoyé par l’hôtel pour nous récupérer à l’aéroport. Le système est bien rôdé, les hôtels annoncent dans leur descriptif que la navette de l’aéroport est gratuite mais en fait, le réceptionniste quitte son comptoir et sort du hall pour balancer l’info à un tuk-tuk de l’autre côté de la route. Le chauffeur n’est évidemment pas payé pour cette course et c’est à lui d’être convainquant avec les clients chargés pour qu’ils fassent appel à lui pour le reste du séjour ! Et c’est ainsi qu’on a fait la connaissance de Singavec qui on a négocié le “bout de gras“ et qui a cédé à 27 $ les 2 journées entières.
Vous avez aimé les précédents temples qu’on a visités ? Vous en voulez Angkor ??? Ca tombe bien parce que je crois qu’on atteint le summum de ce qu’on a pu voir en la matière jusqu’à présent ! D’ailleurs pour l’occasion j’entame ma 2ème carte mémoire de 32 Go, la première étant déjà pleine et que je ne vide pas volontairement car elle est ma sauvegarde au cas où mon MacBook serait amené à disparaître…
Pour la première journée, Sing nous attendait tout sourire à 9h pétantes et on a commencé par parcourir 6 km vers le nord pour atteindre l’entrée du parc d’Angkor. Petit conseil sur un tuk-tuk : prenez une veste, ça pèle le matin et si vous êtes sensible aux gaz d’échappement, prenez un masque parce que la pétrolette qui tracte le tuk-tuk n’a pas de filtre à particules et carbure à l’essence pas trop raffinée (indice 87). Sans compter les autres véhicules de la très dense circulation de la ville…


Après nous être acquittés du forfait 3 jours (40 $ par pax, sinon 20 $ pour 1 jour) nous avons emprunté la “petite“ boucle (environ 17 km) qui débute par l’inévitable Angkor Wat ! Sing nous dépose au pied d’un pont en brique qu’il faut traverser pour atteindre la porte principale dont il ne reste plus grand chose des 3 tours. On n’est pas seul et je sens déjà que ça va être “sportif“ de prendre des photos; de toute façon vu le gris du ciel, ce n’est pas aujourd’hui que je vais remporter un concours photo ! Mais dés le pont franchi, on est déjà sous le charme des lieux et on s’attarde à arpenter la galerie de la très large porte ouest (235 m) dont les murs sont recouverts de magnifiques bas-reliefs, et sur les colonnes on distingue quelques-unes des 3000 apsaras (nymphes du paradis). Le tout est très abîmé mais avec un soupçon d’imagination, on peut deviner la beauté des sculptures à l’origine : chaque porte, chaque encadrement de fenêtre, chaque cm2 de pierre est travaillé et façonné avec une précision hallucinante. Je n’ai jamais été aussi impressionné alors qu’on n’a même pas encore franchi la porte de l’enceinte !!

Et quelle enceinte… dont les remparts font 1025 m de long sur 800 m de large ! Avant d’arriver au complexe principal, il faut encore parcourir les 475 m d’une avenue de pavés bordée par des balustrades représentant d’interminables serpents naga à 7 têtes. De chaque côté on peut distinguer un bassin envahi par les nénuphars et une bibliothèque longiligne, dont celle au nord a été restaurée par une équipe japonaise. On découvrira bien plus tard que la plupart des sites a été rénovée, nettoyée ou est entretenue par des institutions ou des entreprises étrangères. Avec plus ou moins d’efficacité : dans les années 80 par exemple, des Indiens ont nettoyés les fresques avec des produits chimiques si acides que certains bas-reliefs (notamment les apsaras) ont été endommagés et ont dû être restaurés bien plus tard par des équipes allemandes. Excepté Angkot Wat,  les autres temples ont été longtemps abandonnés aux éléments naturels… ou pillés !!

On a fait un détour par le modeste wat en activité au nord caché derrière les marchands de souvenirs et de bouffe où l’on a pu découvrir des plafonds hauts en couleurs et surprendre de jeunes bonzes à l’école.

On retarde le plus possible le moment de rentrer dans le complexe central pour profiter de cette vue de carte postale époustouflante qu’offrent ces 5 tours qui pointent majestueusement vers le ciel. En raison de son orientation vers l’ouest, Angkor Wat aurait été à l’origine un tombeau pour devenir le temple funéraire de Suryavarman II. L’hypothèse se confirme par le sens “anti-horaire“ de lecture des bas-reliefs, une pratique existante dans les anciens rites funéraires Hindu.


Je pourrai passer des heures à décrire la galerie des 1000 bouddhas ou les 800 m de bas-reliefs du mur extérieur datant du 12e siècle racontant 8 évènements différents, sans parler de l’accès au 3ème niveau, mais les photos sont bien plus intéressantes…

Après 3 heures d’émerveillement (et c’est loin d’être fini !), on s’est enfin décidé à sortir par la porte est, à l’opposé de notre entrée. Nous avons aperçu un cheval mangeant paisiblement de l’herbe et Adèle a subitement eu envie de poser « Barbie Voyages » sur sa croupe…malheureusement pour elle, il a senti son hésitation et lui a foutu un gros coup de savate !!! Sa cuisse s’en souvient encore…

Après ces émotions, nous avons enfin rejoint Sing et son carrosse. Attentionné, il avait emporté une glacière pour nous proposer de l’eau fraîche, bienvenue après cette “petite“ marche ! On a enchaîné avec Sra Sang, un bassin de 800m sur 400m réservé à l’époque aux ablutions du roi et de SES femmes. Juste en face se situent les restes du monastère bouddhiste de Banteay Kdei où l’on découvre pour la première fois les garudas, soit les 4 faces d’Avalokiteshvara qui ornent la tour de chaque porte du mur d’enceinte qui fait 700m par 500m. Avec ces distances, vous comprenez maintenant pourquoi il faut un tuk-tuk pour visiter chaque site ; ce n’est pas pour rien que le parc d’Angkor, avec la centaine de temples encore debout, fait parti des plus vastes sites religieux au monde !



On accède ensuite à ce qui allait devenir indiscutablement notre temple préféré, Ta Prohm,également connu pour avoir servi de décor au film Tomb Raider où Angelina Jolie tombe d’un arbre en essayant de récupérer une fleur de jasmin. Autant on s’est attardé à Angkor Wat sur l’architecture, le dessin des bas-reliefs… autant ici, ce sont les arbres qui ont la vedette et concentrent tous les regards. Ta Prohm est le plus fameux des temples du parc où la nature a repris ses droits sur les constructions des Hommes. On reste ébahi pendant de longues minutes devant ces arbres centenaires qui ont poussé au sommet des temples ou sur les murs d’enceinte. Les énormes racines “dégoulinent“ tel du bubble gum sur les parois de briques, en prenant des formes hallucinantes ! A chaque arbre revient la même question : « mais comment a-t-il pu pousser à cet endroit là ?? ».
Encore une fois, je pourrai écrire que le temple a été construit en 1186 et qu’il était dédié à la mère de Jayavarman VII mais je pense que les photos parlent d’elles-mêmes…
Je passe les 3 “petits“ temples vers lesquels on s’est arrêté car l’architecture est assez répétitive mais dont l’affluence est plus modérée et permet enfin de faire tranquillement quelques clichés…
On arrive ensuite à Victoria Gate, la porte ouest du deuxième gros morceau de la journée, Angkor Thom. Encore plus vaste que Angkor Wat, cette cité fortifiée de 10 km2 construite par Jayavarman VII aurait contenu une population d’1 million de personnes ! Au centre, un parcours à pied nous permet de visiter les 8 sites les plus importants.
Bayon tout d’abord est la plus stupéfiante des constructions avec pas moins de 54 tours gothiques ornées systématiquement de garudas avec les visages souriants d’Avalokiteshvara, soit 216 faces en tout ! On a aussi le record de bas-reliefs avec pas moins de 11000 figures, racontant 16 scènes différentes  à lire dans le sens des aiguilles d’une montre, totalisant une longueur de 1,2 km de long ! Malgré la grandeur du site, l’intérieur est très dense avec moult corridors étroits, des escaliers vertigineux qui permettent d’accéder aux 3 différents niveaux et c’est ainsi que dans ce dédale de pierres, j’ai réussi à perdre Adèle… que je n’ai retrouvé que 20 minutes plus tard !!!

Petit conseil pour prendre de belles photos, venez tôt le matin (et non en fin de journée comme nous) sinon vous allez vous battre avec les contre-jours et les ombres des arbres. Le parc d’Angkor est ouvert de 5h à 17h et d’une façon générale vaut mieux se lever tôt car malgré leur grandeur, les temples sont tellement noyés dans la végétation que celle-ci a vite fait de vous “noircir“ les clichés dès le début de l’après-midi…
Baphuon est également impressionnant avec sa structure pyramidale représentant le mythique Mont Meru dont la construction marquait le centre de la cité avant la construction d’Angkor Thom. Avant que la guerre civile n’éclate, Baphuon concentrait tous les efforts d’une rénovation minutieuse qui ont été anéantis par les Khmers rouges, saccageant le temple et le laissant à l’abandon pendant 25 ans… Un nouveau programme de rénovation commença en 1995 et nécessita 10 ans pour arriver à restituer la grandeur d’antan que l’on peut voir sur les photos.
Même en utilisant un tuk-tuk pour les liaisons entre les monuments, on doit bien totaliser quelques bornes à pied en visitant les différents sanctuaires et, en cette fin de journée, la fatigue commence à se faire sentir. Vu le nombre d’escaliers, très raides de surcroît, les cuisses ont bien travaillé, bien mieux qu’une séance de PowerPlate ou de step ! Adèle m’abandonnera au pied du temple et je réunis mes dernières forces pour grimper sur la promenade du niveau supérieur située 43 m plus haut.
En descendant, je peux admirer le mur ouest dans lequel a été façonné un bouddha couché de 60 m de long. Encore faut-il le voir car j’ai bien failli passer à côté s’il n’y avait pas eu un tableau en expliquant la rénovation. Une fois qu’on a repéré ce qui ressemble à la tête, on peut effectivement imaginer le reste du corps…


On peine pour finir la ballade et on passe assez vite les sites restants : l’enceinte royale, Phimeanakas, Preah Palilay, Tep Pranam, Preah Pithu et encore quelques autres tours.

Une seule envie : rentrer à l’hôtel, faire un plouf dans la piscine et déquiller une bière bien fraîche !! On retrouve Sing et on entame le chemin du retour avec le soleil couchant. En repassant devant Angkor Wat, j’arrête notre chauffeur pour profiter des belles couleurs du soir illuminant les façades de la porte ouest et des tours du sanctuaire principal. Allez cette fois on rentre pour de bon, je regarde l’écran de mon reflex, j’ai fait 500 photos en une seule journée…